Longtemps, Jérôme Touzé n’a rien dit. Ni à sa famille ni à ses proches. Par pudeur. Par honte, aussi. « Je me suis laissé miner par l’angoisse pendant des années », confie-t-il. Nous le rencontrons, lui et sa femme, dans leur appartement d’Issy-les-Moulineaux. Tous les deux ont 42 ans et travaillent dans la grande distribution. Leur fille vient de fêter ses 16 ans. Lorsqu’ils racontent leur histoire, les sourires sont douloureux.

Leur cauchemar commence en 2008, quand un commercial leur propose, d’abord par téléphone, l’achat d’un studio en résidence étudiante, à Lyon. D’abord méfiant, le couple se laisse tenter. « Il nous a promis un investissement sans risque, qui nous permettrait de laisser quelque chose à notre fille », se rappelle M. Touzé. Pour financer l’achat, le vendeur leur offre un prêt « Helvet immo » en francs suisses, un produit conçu par BNP Personal Finance, une filiale de la première banque de France. « Le montage était complexe, mais le nom de BNP nous a rassurés », murmure-t-il.

Deux ans plus tard, la valeur de la devise helvète face à l’euro décolle, si bien que le capital de départ emprunté sur vingt-cinq ans par le couple grimpe de 112 000 euros à 139 713 euros. Et ce n’était qu’un début. En janvier de cette année, lorsque la Banque nationale de Suisse (BNS) a mis fin à l’arrimage du franc suisse à l’euro, il est alors monté à 160 000 euros. « On ne sait pas où cela va finir, tous nos projets sont compromis, se désolent aujourd’hui les Touzé. Qui peut vivre avec une telle épée…

Article Le Monde – Marie Charrel