Queue devant une boutique de change, le 15 janvier 2015 à Genève en Suisse afp.com/Fabrice Coffrin

Queue devant une boutique de change, le 15 janvier 2015 à Genève en Suisse
afp.com/Fabrice Coffrin

Plus de 4600 ménages français ont contracté des prêts immobiliers indexés sur le franc suisse . Résultat: le montant à rembourser a brusquement augmenté de 20% après une décision surprise de la banque centrale helvétique. Mais le mal est bien plus ancien. Témoignage.

Non la hausse du franc suisse ne fait pas que des heureux. Si les frontaliers ont mécaniquement vu leur pouvoir d’achat augmenter de 30% du jour au lendemain, d’autres Français voient rouge depuis la semaine dernière. A commencer par ces ménages qui ont souscrits entre 2008 et 2009, des prêts immobiliers indexés sur les variations de la devise helvétique.

Plus 20% en 48 heures

Après l’annonce surprise mercredi dernier de la Banque nationale suisse (BNS) de l’abandon du cours plancher de sa devise, le franc suisse, ce dernier s’est brutalement apprécié ce qui a provoqué un séisme sur les marchés financiers. Une onde de choc qui se propage aujourd’hui jusque sur les comptes bancaires d’un certain nombre de particuliers.

 Entre 2008 et 2009, environ 4 600 personnes ont contracté des prêts souscrits en franc suisse auprès de la BNP Paribas, du Crédit mutuel ou du Crédit agricole. Seulement, les variations de change ont fait fortement grimper les coûts de remboursement de ces produits baptisés « Helvet Immo ».

Concrètement, en l’espace de quarante-huit heures, le franc a gagné 20% (1 euro valait 1,20 franc suisse jusqu’à mercredi dernier, aujourd’hui c’est la parité) rendant la situation très angoissante pour les particuliers comme Franck* qui en 2009, a souscrit un montant de « 150 000 euros pour financer un investissement locatif en Normandie. Aujourd’hui, avec la nouvelle parité franc-euro, je dois plus de 200 000 euros ».

Un mal bien plus ancien

 A vrai dire, le mal est bien plus ancien. En recevant son relevé trimestriel, Franck a pu constater mois après mois « des variations sensibles des remboursements ». En effet, à l’été 2008, l’euro s’échangeait contre 1,6 francs suisses. Deux ans plus tard, la devise helvétique s’était déjà appréciée de 30 centimes. Soit peu ou prou autant que lors du krach de la semaine dernière.

Dès lors, constatant que le capital à rembourser avait augmenté (au lieu de baisser chaque mois), Franck contacte sa banque. Celle-ci lui explique alors la situation que résume aujourd’hui son avocat. « Une personne qui avait emprunté 100 000 euros il y a cinq ou six ans, devait encore rembourser environ 130 000 euros, alors même qu’elle avait déjà payé 30 000 euros! Mais depuis (la semaine dernière, ndlr), son capital restant dû a encore grimpé, à plus de 155 000 euros », explique au Figaro Charles Constantin-Vallet, l’avocat de 300 clients de BNP Paribas dans ce dossier, dont Franck.

« On nous a fait croire que c’était des taux fixes »

A la manière des collectivités locales qui avaient contracté des emprunts dit toxiques à la fin des années 2000 (comme ce fut le cas par exemple de la ville de Saint-Etienne avec Dexia), du jour au lendemain, les remboursements de ces particuliers ont explosé du fait des taux variables. « A l’époque, on nous a fait croire que c’était des taux fixes, que ça ne bougerait pas », plaide ce neo-parisien qui se rappelle avoir fait le déplacement depuis le sud de la France où il habitait pour avoir des explications auprès du banquier qui commercialisait ces produits. D’ailleurs, ce dernier vendait « à la fois des biens mais aussi des parts dans des SCPI » se souvient le commercial de 33 ans.

Aujourd’hui divorcé, il reconnaît avoir « marché à la confiance » auprès d’une « grande banque française ». « A l’époque, le banquier m’avait donné des explications rassurantes. Le taux de 4% était intéressant, mais pas non plus déconnecté du marché. Il devait y avoir 1% d’écart par rapport à d’autres produits plus traditionnels » se remémore Franck, qui avait effectué sa petite étude de marché.

Plus de 300 plaintes au civil

Pour mener de front ce bras de fer contre les banques, les particuliers se sont regroupés. Aujourd’hui, ils sont un peu plus de 500 dans le « Collectif Helvet Immo ». Environ 320 ont porté plainte au civil pour « pratiques commerciales trompeuses » et une quarantaine au pénal, dont Franck. Ils demandent le remboursement de leur perte et des dommages et intérêts. Le dossier est aujourd’hui sur le bureau de la juge du Tribunal de grande instance de Paris, Claire Thépaut.

Du côté des banques, une médiation a bien été lancée au cas par cas, prosant notamment à certains de leurs clients une conversion du prêt en euro. « Mais cette proposition ferait augmenter ma mensualité de 100 euros », explique Franck qui rembourse aujourd’hui environ 900 euros pour son bien. Et la BNP de relativiser les choses dans les colonnes de Libération. « Il est important de souligner que cette fluctuation du franc suisse n’a pas d’impact à court terme sur la trésorerie des clients emprunteurs ». En effet, c’est la durée des remboursements qui varie, et non leur montant.

En attendant une décision de justice ou une éventuelle solution à l’amiable, le téléphone du collectif continue de sonner.

Article L’Express l’Expansion –  Sébastien Pommier